L’économie souterraine du darknet

L'économie souterraine du Darknet

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérité ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux » - Benjamin Franklin

La face cachée du web intrigue ces utilisateurs, elle fait même fantasmer. De nombreuses fictions tournent autour du darknet et sont très souvent toutes plus sordides les unes que les autres. Cependant, qu’est-ce que le darknet ? C’est ce que nous allons étudier ici, les origines de ce réseau assez méconnu finalement et surtout très souvent confondu avec d’autres termes que nous développerons dans un premier temps.

Nous nous intéresserons aux raisons qui ont mené à la création de ces réseaux ainsi qu’à leurs utilisations de nos jours qui ne sont pas toujours si illégales que l’on pourrait penser.

Nous allons surtout aborder l’économie dites souterraine qui s’y est développée. Cette économie a un développement et surtout une évolution très particulière, pourtant nous verrons qu’elle reste très proche de ce que l’on connait et que les modes de fonctionnements ou de ventes restent fondamentalement classiques.

Il nous faudra aussi constater ce que ces marchés « volent » aux marchés plus traditionnels.

Nous verrons aussi que les autorités n’ignorent pas cette partie du web et, au contraire, font tout pour la contrôler.

I - Qu’est-ce que le Darknet ?

Le Darknet n’est pas une légende ou une entité inventée dans les films et séries. C’est un endroit bien réel où l’on peut retrouver un melting pot improbable de personnes, de vendeurs ou encore de données.

Dans un premier temps, il nous faut définir ce qu’est le darknet et ce avec quoi il ne faut pas le confondre. On remonte jusqu’à l’ancêtre d’Internet : ARPANET. Le darknet désigne les réseaux isolés d’ARPANET, ces derniers pouvaient recevoir des données mais n’apparaissaient pas dans la liste des réseaux pour des raisons de sécurité.

Internet est un réseau composé de réseaux informatiques qui font circuler un nombre infini de données chaque jour qu’elles soient publiques ou privées. Le darknet est un réseau superposé utilisant des protocoles particuliers intégrant des fonctions d’anonymisation. Ce sont souvent des réseaux regroupant des noms de domaine spéciaux et se terminant par exemple par «.onion ».

Aussi, il n’existe pas un seul darknet mais tout un ensemble. Certains renferment des marchés noirs, d’autres des messageries, des partages de fichiers etc.

Le contenu que l’on trouve sur ces sites se nomme le « dark web ».

On le différenciera du deepweb ou web profond. Le web se compose d’une partie visible et d’une autre, invisible. Régulièrement utilisée à tort, l’expression de web profond ne désigne pas des sites au contenu choquant ou illégal mais des sites qui ne sont pas référencés, inaccessibles par un moteur de recherche. Par exemple, un espace client avec un accès sécurisé appartient au deepweb puisqu’il n’est pas indexé.

On peut aussi citer le web opaque, ce sont des sites qui peuvent être indexés mais qui ne le sont pas. Lorsque les algorithmes d’un moteur de recherche ne les jugent pas pertinent alors il sera mis de côté. Ce sera le cas par exemple pour un site contenant un nombre très important de pages et de données.

Il existe aussi un deepnet que l’on appelle web privé. Certaines personnes font exprès d’éloigner les robots d’algorithme de référencement loin de leur site auquel on ne peut accéder que par invitation. Ces sites ne se transmettent que par bouche à oreille ou par l’intermédiaire de forum comme 4chan ou Reddit.

Si un site ne respecte pas les normes du moteur de recherche, il ne sera pas indexé non plus.

Le deepweb représente environ 96% des pages internet, tout autant de pages que l’on ne peut pas trouver en passant un moteur de recherche et surtout tout autant d’endroits où la liberté est presque totale.

1 - Le monde parallèle et crypté du darknet

Impossible évidemment d’y accéder en passant par Google ou un moteur de recherche classique, il est un peu plus compliqué que ça de se procurer des produits illégaux sur le net. Il faudra passer par des réseaux comme Tor qui est le plus connu ou encore I2P (invisible internet project) qui garantiront surtout l’anonymat.

Tor est celui qui a mis en place ce que l’on appelle l’« Onion routing », c’est-à-dire masquer son adresse IP en passant par plusieurs relais dans le monde entier de manière aléatoire. Comme évoqué précédemment, Tor a été créé par la marine américaine puis laissé à disposition comme logiciel libre en 2004. Il est par ailleurs légitime de se poser la question de l’intérêt de laisser ce logiciel à disposition de tous tout en continuant son financement mais ce ne sera pas notre sujet ici.

2 - Faire entendre sa voix sans être à visage découvert

Le darknet n’est pas seulement ce que l’on peut imaginer de pire ou d’illégal, on peut y trouver des armes, de la drogue mais aussi un moyen de s’exprimer librement dans certain cas. On y trouve aussi un mouvement « cryptoanarchiste » qui utilise le darknet pour s’engager contre les régimes gouvernementaux et autres personnalités publiques. Les cryptoanarchistes souhaitent se protéger de la conservation ainsi que de la surveillance des données.

Pour lutter contre « Big Bother », le darknet est utilisé par les lanceurs d’alertes comme un refuge pour échanger des informations en toute liberté mais aussi pour garder une vie privée à 100% et préserver son intimité.

Il est donc tout à fait possible d’utiliser le darknet uniquement pour éviter la surveillance de l’Etat, cependant les agences gouvernementales en surveillent certain comme Tor par exemple.

Dans des pays dictatoriaux, c’est parfois la seule manière d’obtenir des informations fiables ou même la seule façon de communiquer sans être filtrer et censurer par l’Etat.

Le darknet a par exemple permis les échanges entre les opposants aux régimes autoritaires lors du printemps arabe.

« Affirmer que le droit à la vie privée sur Internet n’a pas d’importance parce que vous n’avez rien à cacher, c’est la même chose que de dire que la liberté d’expression n’a pas d’importance car vous n’avez rien dire » - Edward Snowden.

3 - Blanc bonnet et bonnet blanc

Comme on a pu le constater précédemment, toutes les personnes présentent sur le darknet ne sont pas fondamentalement mauvaises. Bien au contraire, il y a toute une communauté de technophiles, de journalistes adeptes d’un peu de liberté de parole et à la recherche de réelles informations ainsi qu’une poignée de robin des bois numérique.

Sur le darknet et particulièrement dans le milieu des hackers, on peut distinguer plusieurs catégories de personnes : les white hats, grey hats et black hats. Comme l’indique leur surnom, ces utilisateurs sont classés selon leurs actions et leur usage du web.

Une partie de ces personnes, les white hats ou hacker éthique, cherchent à faire le bien. Elles se chargent de prévenir en cas de vulnérabilités d’un système par exemple. Ils s’opposent donc au black hats.

Par ces catégories, on peut constater que le darknet n’est qu’un outil et comme tout autre outil, ces utilisateurs peuvent choisir d’en faire un bon comme un mauvais usage. L’image du darknet morbide et sordide où l’on ne trouve que le pire de l’Homme est à retirer des esprits.

II - Distinguer la cybercriminalité et le Darknet

1 - L’économie souterraine

Bien évidemment, une grande partie ce que l’on trouve en vente sur le darknet n’est pas légal, on y retrouve tout ce qui peut faire l’objet d’une infraction à la législation. C’est aussi pour cela qu’on peut y retrouver des choses tout à fait légales au sein de son pays mais qui ne le sera pas dans un autre. On trouve des magasins qui ressemblent beaucoup à notre « Le bon coin », des designs très souvent sommaires loin de l’idée glauque et sombre que l’on aurait de ce genre de revendeur. Cette économie parallèle ressemble aux sites classiques que l’on trouve sur le web visible, à la différence majeure qu’ici les catégories peuvent être « armes », « faux documents administratif », « logiciels de hacking », « drogue » et autres réjouissances.

Les vendeurs sont même notés, même au royaume des bandits il y a des règles ! Avec des systèmes de notations très similaire à Amazon ou Ebay, les acheteurs peuvent s’assurer de la qualité du produit qu’ils achètent. On regroupe même parfois des « Wall of shame » ou mur de la honte traduit en français avec les pseudos et avatar des arnaqueurs.

Il est important de faire la différence entre cybercriminel et utilisateur du darknet, leur chiffre d’affaire est d’ailleurs bien différent. Si on se base sur des estimations faites en 2009, en France, les revenus des cybercriminels s’élèvent entre 5 à 10 millions d’euros chaque mois contre 240 000 euros pour les marchés du darknet.

2 - Entre cliché et réalité, ce que l’on y trouve réellement

Il est nécessaire d’aborder la question des catégories de produits ou de sites immoraux en plus d’être illégaux et dangereux comme ceux précédemment évoqués. Il faut s’engager guère plus profondément pour aussi trouver des sites de pornographies illégales qui ont aussi leur place sur le darknet.

On peut tout de même relever que les sites de pédopornographies ne sont pas bien vus, même au sein du darknet. Certains utilisateurs, les whites hats, se chargent même de les débusquer pour les livrer aux autorités.

 Il existe aussi beaucoup de fantasmes liés au darknet comme les listes de tueurs à gage ou les chambres de tortures mais ce sont soit des sites très enfouis et peu accessibles, soit des inventions. Il faut peut-être être parrainé ou invité pour accéder à ce genre de contenu.

3 - Comparaison avec l’économie classique

Le darknet n’est pas un endroit classique où l’on fait son shopping, même pour y acheter quelque chose de légal, ce n’est pas vers cet endroit que l’on se tourne généralement.

On ne peut pas affirmer que le marché du darknet empêche l’économie classique puisque ce que l’on y trouve est général illégal. Cependant on peut aussi y trouver des comptes premiums, des vêtements, des appareils multimédias mais il est difficile d’évaluer à combien ces ventes s’élèvent.

L’économie souterraine est donc estimée et aussi parfois intégrer dans le PIB du pays.

4 - Economie souterraine dans le PIB : règles, avancées et limites

Ce qui nous intéressera ici, c’est l’intégration de cette économie grandissante et déjà importante dans le PIB. Le PIB ou produit intérieur brut est l’indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisé à l’intérieur d’un pays. S’il existe de nombreuses études et enquêtes, l’estimation de l’économie souterraine est très difficile, de fait c’est une économie qui est sensée rester secrète ! L’économie souterraine regroupe plusieurs formes d’activités : le travail au noir, les activités criminelles et les délits économiques. Elles échappent donc aux règles économiques classiques de l’Etat et ne sont pas soumise à des prélèvements obligatoires. Tandis que l’estimation du PIB doit être basé sur des sources officielles comme les comptes d’entreprises, des administrations publiques, des enquêtes INSEE etc.

Cependant, un ajustement du PIB est fait en prenant en compte l’économie souterraine même si elle reste confuse.

Cet ajustement du PIB ne concerne d’ailleurs pas seulement le darknet mais aussi la production souterraine c’est-à-dire la production légale, déclarée mais sous-estimée volontairement pour réduire ses impôts ou cotisations par exemple. Elle concerne aussi évidemment la production illégale comme le trafic de stupéfiant, qui entre ici plus avec le marché du darknet.

Au total, ces productions représentent environ 17% du PIB.

Par ailleurs, on peut remarquer que les différentes crises financières n’ont fait qu’accroitre le volume de l’économie souterraine. Que ce soit le travail au noir ou des transactions sur les marchés du darknet, les acheteurs se tournent maintenant plus vers des alternatives illégales. Ils restent tout de même une minorité.

5 - Le marché noir inclus dans l’économie ?

Comme plusieurs pays européens, la France va maintenant prendre en compte une partie de l’économie souterraine dans son PIB. Seulement l’argent issu du trafic de drogue sera pris en compte, ce qui révisera à la hausse le PIB du pays de tout de même quelques milliards d’euros.

Différents pays ont choisi d’intégrer une partie de l’économie souterraine dans leur PIB afin de prévoir les recettes de l’Etat.

 

6 - Les modes de paiement : le bitcoin

Les transactions sur le darknet se font majoritairement en bitcoin, inutile de préciser que l’on n’utilisera jamais sa carte bleue personnelle pour un achat dans les bas-fonds du net. Le bitcoin est une cryptomonnaie créé en 2009 après la crise financière de 2007. Elle n’est pas la seule cryptomonnaie, loin de là, le site coinmarketcap.com en référence plus de 700.

Elle permet un paiement anonyme et légal puisqu’elle est utilisée hors du darknet. On peut même demander aujourd’hui d’être rémunéré une partie son solaire en bitcoin dans certaine entreprise. Les transactions sont rapides, ses frais de transaction très bas, elle est internationale et très simple d’utilisation, la monnaie rêvée pour les utilisateurs du darknet. Le bitcoin est aussi pratique pour des achats illégaux puisque quasiment intraçable.

L’anonymat n’est pas forcément assuré à 100% lors d’un paiement en bitcoin. Les acheteurs sur les marchés du darknet prennent cependant le plus de précautions possibles en passant par des systèmes de mixers ou blender par exemple qui aident au blanchiment.

Pour un peu plus de sécurité, certain site utilise des tiers de confiance (en anglais « escrow » …). Le paiement n’est pas immédiatement transféré au vendeur mais déposé sur un compte et bloqué jusqu’à la bonne réception de la marchandise. La vente est donc bien assurée contre une commission pour l’escrow.

Au-delà de l’anonymat, il est possible de profiter de prix imbattables à l’internationale. Les crypto-monnaies sont aussi fluctuantes et dématérialisées donc difficilement prévisibles.

Peu importe ce que vaut le bitcoin aujourd’hui, il peut s’effondrer à tout moment.

On parle donc d’un marché fragile, bien plus fragile que les marchés plus classiques vers lesquels on se trouve plus généralement. Les cryptomonnaies ont un cour bien plus fluctuant que les monnaies classiques et, du fait de leur dématérialisation elles représentent un plus gros risque pour ses utilisateurs.

Le hack et le vol de bitcoin tendent aussi à fragiliser ce marché

Le bitcoin laisse cependant un flou juridique derrière lui due à son potentiel économique.

7 - Les actions juridiques pour endiguer les marchés noirs

Le dernier gros coup du gouvernement américain comme le marché du darknet date du 29 mai 2015 avec la fermeture de « Silk Road » plus connu comme l’Ebay de la drogue. Son fondateur, Ross Ulbricht, a été arrêté et condamné à perpétuité.

Le FBI a saisi 144 000 btcoins soit environ 18 millions d’euros selon le taux au moment de la saisie.

Si Silk Road était un site dédié au commerce illégal, notamment au trafic du stupéfiants, de faux-papiers ou encore de kit de hacking clé en main, les administrateurs avaient établi des règles de bienséances. La vente de cartes de crédit volées ainsi que la pédopornographie y sont proscrites ainsi que la vente d’armes qui a été banni du site en 2012. On remarque donc que les sites de ventes de produits illégaux n’échappent pas aux règles.

Encore plus récemment, ce sont AlphaBay et Hansa les nouveaux numéros 1 et 3 des marchés de la drogue en ligne qui ont été fermé.

Si le procureur général en charge de l’affaire déclare que c’est l’une des plus grandes affaires et surtout la fin d’un des plus grands marchés, il semble évident que d’autres sites se sont déjà ouverts ou sont entrain d’être mit en lignes. Cependant, au vu des nombreuses fermetures et arrestations, on peut effectivement penser que les criminels sont plus à l’abris au cœur du darknet.

En Europe aussi les marchés du darknet lié à la drogue n’échappent pas aux autorités. En 2016, les douanes finlandaises ont saisi plus de 40 kg de cocaïne, MDMA et autres milliers de tablettes d’ecstasy et LSD. C’est un réseau entier « atypique » qui est tombé à ce moment puisque les ventes se faisaient notamment via Silk Road, le marché noir dont nous avons parlé précédemment et qui est aujourd’hui fermé.

Les différents services de police des différents pays se voient donc obligés de collaborer afin d’endiguer ces marchés noirs grandissant. C’est parfois des chasses l’Homme sur plusieurs années en se heurtant aux lois de dizaines de pays qui ont lieu pour fermer un seul site.

Conclusion

Le darknet a une mauvaise image et s’en amuse. Il s’agit surtout d’éloigner ceux qui n’ont rien à y faire. On y trouve pourtant une communauté ainsi qu’une économie alternative. Entre les vendeurs de drogues, d’armes mais aussi de chaussures et vêtements à la mode, on peut rencontrer des forums à propos de subcultures, toutes sortes de sources de savoir non-censurées (mais pas forcément fiables non plus évidemment) ou encore des sites sur les chats (puisqu’on est tout de même sur internet).

Les marchés du darknet alimentent l’économie souterraine mais ils ne sont pas les seuls en cause. Nous avons pu remarquer qu’au fil des années ces activités informelles ont progressé, entre travail au noir et « oublie » de déclaration de certaines prestations, cette économie ne peut qu’évoluer à la hausse.

Cependant, depuis peu en France et en Europe, une partie de cette économie est prise en compte dans le PIB ce qui entraine une hausse de ce dernier. On remarque que les gouvernements restent cependant en lutte permanente contre les marchés du darknet qui représentent une part un peu trop libre et incontrôlable de l’économie. De plus en plus de vendeurs de produits illicites se tournent d’ailleurs vers la face cachée du net où il est bien plus aisé de faire ses affaires.

Les autorités sont loin d’être dépassées par ces marchés à la vue des différentes importantes actions de police qui visent à fermer des nombreux sites et enfermer derrière les barreaux leurs créateurs.

Il est nécessaire cependant de ne pas confondre cybercriminel et utilisateur du darknet. L’anonymat est aujourd’hui une denrée rare, beaucoup ont trouvé dans le darknet un sentiment de liberté, de non-surveillance et un lieu de prise de parole.

Ces réseaux très fantasmés ne sont finalement pas si terribles sous bien des aspects, il faut seulement être bien plus vigilant d’où on met les pieds pour ne pas tomber dans l’illégalité. Il est bien trop facile de se plonger dans les produits illicites, les services de hacking, les passe partout d’accès aux boites aux lettres ou encore des points de permis mais il est aussi possible de rester dans un espace de parole libre.

Le darknet n’a rien de si mystérieux, il reste très sombre car les personnes qui n’ont pas y mettre les pieds l’évitent tout simplement.

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